Danse forumComptes-rendus des ateliersForcalquierCycle sur le thème de l'erranceL'ancrage - 19/12/10

L'ancrage, cycle sur le thème de l'errance - 19 décembre 2010, Forcalquier

Nous avons enfin réussi à nous retrouver (à une dizaine) à la Salle de danse de Forcalquier - après deux tentatives échouées pour cause de météo et de maladie.

Le thème de l'errance avait surgi déjà il y a quelque semaines lors des journées à Reillanne sur les Roms, tziganes... C'était donc notre thème "chapeau" et nous avons fait émerger un thème du moment pendant l'échauffement sensible. Ce thème là tournait aujourd'hui autour du "point central, point d'ancrage à partir duquel le reste flotte, point de tension et légèreté en même temps". Le lien entre le thème chapeau et celui du moment est arrivé tout seul et tout de suite. Quant quelqu'un est dans l'errance, est-ce qu'il a un point d'ancrage, qu'est-ce que peut être ce point d'ancrage, est-ce qu'il est à l'intérieur des personnes/de nous, est-ce qu'il est extérieur, est-ce un pays, une culture, une famille, un clan, des idées...? Est-ce qu'il peut être complètement absent ? Est-ce qu'on peut flotter/errer totalement, sans jamais se poser, être accueilli nulle part? Pouvoir se (re)poser nulle part, trouver un compagnon de route pour un moment ?

Des choses extra-ordinaires se sont passées. Nous avons lu des textes de Tarek Essaker, et notamment "Charrette à la mer" par bribes - paragraphes plus ou moins longues... en voilà le début :

''...Me voila dans cette embarcation livrée à la mer comme une urgence qui s'invente, une vie qui menace de casser ou entrain de casser. Ce n'est plus un jeu mais le début d'un abandon. La peur au ventre. Un corps tendu comme un fil qui peut se rompre, disait la jeune femme Tout flotte, ouvert à l'aléa de l'instant, à l'imprévu du parcours, aux chocs des peurs. Cela peut finir à tout moment. Point de chemin tracé, que de distances, que de corps. De l'eau qui déborde sans mystère et rythme ma respiration. Corps contre corps dans une embarcation rendue à l'errance. Des miettes de vies et de choses qui se faufilent et glissent entre les mailles du danger, hors champ. Des morceaux d'hommes à la saisie des bouts de mondes, avancent dans la perte et la peur, entre menaces et promesses...''

Les images des bateaux d'immigrés en détresse en Méditerranée nous sont venus évidemment, des sensations de perdre pied, de tourbillons qui engloutissent, de spirales tels des courants dans l'eau qui emportent ou alors spirales d'astres qui font qu'on s'envole. Beaucoup de mouvement de torsions et tourbillons. Puis une finale émouvante d'un sauvetage de naufragés, dans l'absolue justesse des mouvements, sans pour autant tomber dans l'illustration ou le pathos et le bonheur des corps qui s'accueillent, le soulagement profond, de corps qui vivent, se trouvent. Un tableau inoubliable, une tension extrême, une beauté certaine, - à scotcher les "regardants" et à bouleverser celles (4 danseuses) qui y étaient.

A la deuxième impro j'ai proposé d'expérimenter une contrainte: ne pas partir facilement dans le toucher, voir si d'autres formes de liens peuvent émerger, en évitant de se toucher. On l'avait déjà fait à l'espace Forbin il y a quelques semaines, mais là, avec le thème de l'errance ça pouvait prendre des dimensions inattendues... Effectivement, par moments, l'autre est devenu un corps dont on se méfie, se distancie, s'éloigne, file à côté, l'ignore, puis par moments des fils invisibles peuvent se tisser, nous faire évoluer ensemble, autour d'un lieu qu'on partage, le sol, la terre, un morceau de terre... et font que l'errance est moins insupportable - ou s'arrête pour un instant. Puis un déchirement (d'une grande feuille de papier) est intervenu et a pris tantôt la forme de flocons de neige qui tombaient sur l'espace scénique, tantôt de petits icebergs auxquels on pouvait se raccrocher, glacés quand même, et qui, pour d'autres, ont évoqué le symbole des papiers d'identité, ou de sans-papiers. Et encore une fois on n'est pas tombé dans l'illustration facile. Puis cette eau glacée s'est mise tout d'un coup à tourner, encore en tourbillon avec deux mouvement en sens contraire, sensation de la tête qui tourne, ou est-ce le sol, qui vogue, qui bouge, je tangue, puis des pieds, des pieds, des pieds, qui marchent, courent, se perdent, dans tous les sens, de tous les côtés.

Pour terminer nous avions besoin d'entrevoir ce qui pourrait être la sortie, le répit de l'errance: l'accueil, l'hospitalité, le lien, ... d'ailleurs il n'y avait pas consensus sur ni ce que c'est l'errance, ni ce qui pourrait être son contraire - stabilité? ancrage? Et est-ce qu'il n'y a pas aussi un élément de liberté dans l'errance ? De jouissance? A partir de quel moment ça devient insupportable? Qu'est-ce qui fait que ça peut être supportable? ...... On a décidé que ce thème était effectivement très intéressant à explorer d'avantage car on sentait qu'on l'avait seulement effleuré pendant ces quelques heures d'atelier. On poursuivra dans les ateliers de l'année prochaine. Tout en le complétant par d'autres textes, recherches, collaborations... (avec les ami/e/s de Reillanne j'espère aussi !!! )

Valérie avait mis en place le dispositif de la peinture et des merveilleux tableaux en sont sortis. Plusieurs instruments dont l'accordéon de Nini sont intervenus avec pertinence, et une grande variété de textes, comme je l'ai déjà dit, de Tarek mais aussi de René Char, Paul Eluard, des textes de slam, etc..... A recommencer dès que possible c'était un grand bonheur pour tout le monde !

Johanna Bouchardeau


Modif. September 06, 2011, at 07:54 PM
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